RÉTROSPECTIVE #01 – LANVIN
HISTOIRE
Revenons tout d’abord à la création de cette Maison.
Lanvin, en plus d’être un nom magique, un nom qui en fait rêver plus d’un (dont la rédaction de La Silhouette, bien évidemment), est la plus ancienne maison de couture française, créée en 1889 par Jeanne Lanvin. Aujourd’hui elle fait partie des références du luxe parisien et demeure incontournable en ce qui concerne la mode, les parfums ou encore les accessoires
Depuis septembre 2001, la maison Lanvin est une entreprise indépendante. Les propriétaires ont su relever avec succès le défi de redonner à ce grand nom français tout son prestige d’antan, en confiant la direction artistique à Alber Elbaz qui orchestre avec talent l’ensemble des activités créatives de la maison.
Depuis son origine, le siège social de la société Jeanne Lanvin est situé aux 15 et 22 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, artère réputée internationalement dans l’univers du luxe.
À titre d’exemple, au Moyen Orient, les produits masculins et féminins estampillés Lanvin occupent une position de leadership sur le marché du luxe, comme dans la plupart des pays où la marque est implantée.
En Europe, la présence de Lanvin ne cesse de croître grâce aux points de vente multi-marques et aux grands magasins renommés.
LUCAS OSSENDRIJVER : LA RÉVOLUTION
Lucas Ossendrijver est né et a grandi aux Pays-Bas. Après deux ans d’études à l’école Montaigne pour la Mode, le Management et le Design à Amsterdam, il poursuit à l’Institut des Arts d’Arnhem et obtient un Bachelor of Arts en stylisme, puis un Masters degree en moulage
En 1997, Lucas Ossendrijver travaille brièvement en indépendant pour la marque française Plein Sud en créant les collections femme. Toujours en freelance de 1997 à 2001, il dessine des modèles pour Kenzo Homme de 1997 à 2000, puis en 2000-2001 il conçoit la ligne homme, d’abord pour New York Industries by Kostas Murkudis puis pour Kostas Murkudis
L’année 2001 est une date-clé pour Lanvin puisque Lucas entre chez Dior où il a dessiné la ligne classique Homme pendant quatre ans. Alber Elbaz, conscient du talent du Néerlandais, a décidé de le recruter pour qu’il prenne en charge le lancement d’une nouvelle ligne chez Lanvin, longtemps considérée comme une belle endormie.
Alber Elbaz a su déceler l’énorme potentiel de Lucas, puisque celui-ci ne va pas moins faire que redonner une nouvelle identité à la maison.
À chaque collection, son story-board. Au fil des saisons nous avons pu voir évoluer l’homme Lanvin dont nous sommes tout simplement tombés amoureux, et ce dès le premier jour.
INTERVIEW AVEC LUCAS OSSENDRIJVER
Existe-t-il un homme Lanvin ?
S’il est reconnaissable, a des traits communs, il n’est pas un mais plusieurs, avec différentes personnalités mises au service d’une vision en pleine mutation et en plein changement. Une évolution normale puisque, lorsque je suis arrivé, il y a sept ans, beaucoup de clients connaissaient la qualité des matières employées chez nous, la permanence d’un sur-mesure renommé, la présence de vêtements très bien construits et réalisés, mais trouvaient nos lignes trop classiques. à leurs yeux, comme elles semblaient destinées à un client, disons… d’un certain âge, elles ne paraissaient plus dans l’air du temps.
Difficile de miser sur l’avenir et d’avancer avec une telle image…
Non, pas forcément. Ce qui importait, c’était d’innover sans renier ce que nous étions. Le brief était simple : préserver un certain classicisme,
ne pas tout transformer de manière radicale, irrationnelle, mais offrir, non pas à la place mais à côté, aux hommes plus soucieux de mode, des coupes contemporaines qui ne négligent pas nos valeurs fondamentales, à savoir le soin du détail, l’épure, l’usage des matières confortables et nobles… De la qualité, du bonheur à porter pulsés par
l’inventivité : la démarche avait de l’allure. Et m’a séduit. ma mission ne consistait pas à élaborer une collection ultra-pointue pour une poignée d’adeptes déjà conquis, mais à créer un vestiaire total, aux pièces couvrant les usages du matin au soir, une offre complète et moderne. Le tout avec un style identifiable ne devant jamais « dévorer » celui qui porte nos vêtements. Un homme en Lanvin a cette chance : il aime nos créations parce qu’elles lui vont bien, le rendent heureux, fier même, mais jamais
on ne le transforme en prototype caricatural. Qu’il devienne un porte-étendard ou un porte- drapeau, oui, mais jamais un homme-sandwich écrasé par la marque.
La réussite – en tout cas, celle que la presse salue – du nouvel homme Lanvin tient-elle aussi à l’esprit qui anime la maison ?
Bien sûr ! Avec Alber Elbaz, par exemple, nous ne cessons de discuter, de réfléchir, d’entretenir des échanges fructueux. Personne ici ne s’enferme dans sa tour d’ivoire, ne se considère comme détenant la science infuse. Tout avance posément, comme dans une fratrie ayant l’œil fixé sur le même objec- tif. Il n’y a jamais rien de formel, d’artificiel entre nous, tout est libre, dans un souffle, sans rigidité. La chance qui nous est offerte de travailler dans la durée nous donne le temps de rêver. Et dès lors, de poursuivre cette pédagogie du style, de l’œil des clients, que j’évoquais.
Cette pédagogie passe par l’information du public ?
Presque la formation, je dirais. Une des raisons ayant conduit les clients pensés « classiques » à adhérer à leur tour aux nouvelles pièces Lanvin, c’est qu’ils se sont pris au jeu de la mode. grâce, évidemment, au soutien des magazines, mais aussi à nos vendeurs passés maîtres dans l’art d’expliquer les produits, la nature des matériaux utilisés, la fabrication particulière des cuirs, de la maille, etc. Au 15, rue du Faubourg-Saint-Honoré, le fait que chacun puisse toucher les vêtements, les ausculter sans être assailli par un cerbère, aide à percevoir tout le travail qu’ils ont nécessité. L’homme Lanvin est, du coup, aussi à l’aise dans la boutique que dans ses tenues. Et mon rôle, j’insiste, consiste à le rendre beau sans jamais occulter sa personnalité, à lui concocter des créations dont jamais il n’aura honte et qu’il pourra marier, associer, remettre d’une année sur l’autre.
Votre sens du raffinement Lanvin réinterprété passe notamment par des couleurs que l’on ne voit guère ailleurs. Ainsi, vous ne sacrifiez pas aux rituels noir et gris classiques. Pourquoi ?
Disons plutôt que, chez nous, le noir est subtilement revu. Ainsi, s’il n’y a pas de noir 100 % charbon, on en voit des nuances plus élaborées.
L’homme Lanvin actuel n’est pas en quête de tons primaires, il aime les entre-deux, les tissus exclusifs aux reflets délicats, les harmonies de marine, par exemple, qui ne font pas une panoplie uniforme et fade de cette teinte mais un camaïeu subtil. bleus profonds, faux noirs, verts très foncés, bordeaux
et aubergine traités autrement, panoplie de grisés, tout est dans la nuance, la palette, l’émotion. Une quête de la différence tirée de notre réputation en sur-mesure, ce laboratoire des matières rares, cette source d’inspiration constante tant c’est la qualité qui, d’emblée, me conduit à créer.
Êtes-vous, dans ce cas, un précurseur ?
Sans doute un petit peu. mais ce qui compte surtout pour moi, c’est d’éduquer l’œil du public, d’incruster dans son esprit la nouvelle silhouette que nous élaborons, de travailler avec lui, sur lui, sur la durée. L’homme, il faut bien le reconnaître, est plus long à « bouger » que la femme.
Un homme, en entrant chez Lanvin, a différents univers à sa portée. Il peut plonger dans les lignes, disons très « mode », s’adonner au luxe du sur-mesure, se faire plaisir avec le demi-mesure, s’offrir des sous-vêtements, des pyjamas, de l’underwear, du sportswear, du swim- wear, etc. Quel est le trait commun à ces offres ?
Au fil des saisons, l’accueil de la presse et du public aidant, nous avons tenu à rapprocher les différentes lignes Lanvin existantes, celles plus « fashion » et celles plus « traditionnelles », afin de créer un univers total offrant une unité. Ensuite, nous avons élargi notre offre tout en préservant le style Lanvin. Désormais nos clients peuvent trouver dans toutes nos lignes (prêt-à-porter, demi-mesure et sur- mesure) des pièces intemporelles – respectant nos valeurs fondamentales : qualité, matières recherchées, choix de couleurs et de coupes –, qu’ils peuvent marier entre elles (des baskets avec un costume sur- mesure et une chemise demi-mesure à col gros grain par exemple) et avec les pièces achetées les saisons précédentes.
Imposer cette révolution stylistique a-t-il été difficile ?
Cette refonte et cette extension se sont évidemment accompagnées d’une pédagogie du style. Il fallait convaincre à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison, montrer aux fabricants et aux fournisseurs que nos demandes avaient une raison d’être. Une saison, j’ai repensé le costume masculin traditionnel en le voulant froncé ; eh bien, nos partenaires habituels ne comprirent pas d’emblée cette démarche parce que, dans leur esprit, un tissu fripé traduit forcément un problème technique. Comme je suis très soucieux du travail sur les matières, je leur ai expliqué ce que Lanvin voulait : de belles étoffes mais réinterprétées, abordées autrement. Heureux d’avoir été consultés, ils y ont adhéré. Une sorte de nouveau compagnonnage s’est instauré, renforcé par l’osmose, l’entente quasiment familiale qui existe dans la maison entre les différents départements.
Lanvin, ce sont bien sûr les matières ou encore les finitions mais c’est aussi un luxe discret étayant chaque création. Dessinées par les mains expertes du styliste Lucas Ossendrijver, les lignes sont souples ou étroites - le plus important étant de se sentir à l’aise tout en demeurant moderne et élégant. Les touches de sportswear et les codes militaires se mêlent à l’élégance parisienne.
Lucas a su insuffler à la mode ce qui lui manquait, il la renouvelle en prenant appui sur des basiques et sur la tradition du tailoring dont on retrouve l’influence dans chaque silhouette, tout en innovant avec les couleurs, les matériaux et les coupes.
Les pièces que l’on retrouve à chaque saison, les indispensables en défilé ou partie-commercial sont les vestes de smoking, les cravates, le grand-noeud papillon Alber, les pochettes, les couvre-chefs, mais aussi les pantalons jogging, les pantalons fuselés, les vestes courtes à 1 ou 2 boutons et la fameuse basket.
Les vêtements sont confortables et bien coupés, les couleurs neutres sont rehaussées par des couleurs fortes tel le jaune safran ou le bleu, le pourpre etc… et une multitude de détails très coutures fait que l’on ne peut que remarquer et désirer chacune des silhouettes qui composent les collections.
Lanvin est aussi la maison qui est parvenue à mettre sur le devant de la scène un accessoire devenu aujourd’hui indispensable : la basket. En effet la maison créé plus de 50 références chaque saison, de la version basse au modèle haut avec broderies ou peau.
Il est inutile de vous dire qu’il est essentiel de posséder dans sa penderie ce basique incontournable qu’est la version basse, ainsi qu’un modèle mid.

Passerelle entre la ligne défilé et la demi-mesure, mêlant modernité et classicisme, la ligne Sur-Mesure est un département existant depuis 1925 dont les services n’ont jamais connu d’interruption.
- Tailleur : qui gère les commandes pour les costumes, gilets et manteaux,
- Chemisier : qui prend en charge tout ce qui concerne les chemises, pyjamas, caleçons et robes de chambre.
EN RESUME
Parfait condensé du savoir-faire et de la maîtrise de Lucas Ossendrijver, le dernier défilé (auquel nous avons assisté) a définitivement fait de Lanvin la maison de couture la plus moderne et la plus en avance sur son temps sans jamais laisser entrevoir la moindre faille ou même un seul faux pas. L’allure résolument contemporaine des silhouettes et les nombreux clins d’oeil aux anciennes collections nous ont subjugué.En plus de constituer une grande partie de notre garde robe, Lanvin personnalise notre amour pour la mode, notre passion, intimement liée à cette sensation si particulière que connaissent tous ceux qui ont un jour porté un vêtement griffé Lanvin.Quand une femme achète une robe Lanvin, on dit souvent d’elle qu’elle devient une nouvelle femme, ou une femme fatale, que plus rien ne lui résiste. L’idée est à peu près semblable avec le dressing masculin : enfiler un vêtement Lanvin procure une sensation pareille à aucune autre.Hormis cela, Lanvin est aussi pour nous la marque qui symbolise le mieux le Parisien, celle qui personnifie le fameux style « à la parisienne ».Nous conclurons en vous annonçant que nous consacrerons prochainement un article à la collection accessoires de l’hiver prochain – accessoires qui, nous en sommes convaincus, feront partie de vos indispensables.
En espérant que cette nouvelle rubrique vous a plu, nous vous disons à très vite pour une nouvelle rétrospective… À qui le tour ?



















WoW! Tout est super interessant, les silhouettes bon choix.
Merci j’ai appris beaucoup de choses, Lanvin est une tres belle maison effectivement.
Hate de voir la prochaine retrospective, ca doit te demander beaucoup de boulot.
Superbe cette rétrospective, il me hâte de voir les accessoires …. Vraiment beau boulot
Je pensais bien connaître Ossendrijver la maison Lanvin, mais tu m’as appris des trucs avec cet article. Pas mal…
Est-ce que quelqu’un sait quel est le modèle de la montre que porte au poignet Lucas Ossendrijver, sur la photo où il est installé derrière son bureau ? Merci.